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25/11/2008

La vague

Septembre 1976

L’arrivée à Bananec, sur l’Archipel (bateau des liaisons du Centre Nautique des Glénans) reste inoubliable. Cette petite langue de terre, qui se transforme en presqu’île à marée basse, avec ses bâtiments au raz de terre, était en prise directe sur l’océan.

cavalenurbs-450x337.jpgAlors que ce stage représentait un vrai plaisir pour moi, je n’ai pas oublié cette jeune stagiaire qui avait été envoyée en punition dans ce stage par son père, car elle n’avait pas suffisamment travaillé. Il faut dire que son père possédait une goélette de 16 mètres, et qu’elle aurait dû naviguer avec lui sous des cieux plus chauds que l’air vivifiant des côtes de Bretagne sud.

Très vite, un peu plus âgé que les autres, et ayant bien potassé la théorie, j’en vins à prendre les responsabilités de chef de bord à la journée sur Cavale construit par le chantier Stephan en Contre Plaqué Marine.  Ce petit bateau-école des Glénans, de 5,50 m de long avec un tirant d'eau de 0,80 m avec dérives, était très vif et très marin avec beaucoup de plaisir à la barre.

cavalevagueR.jpgAu cours d’une « expédition » à l’ile aux Moutons, à cinq milles de l’Ile de Bananec, nous avons mouillé dans une petite anse. Très rapidement,avec les effets de brise, le vent a tourné, et a commencé à rentrer dans la baie. Cafouillage de débutant oblige, il faut relever les mouillages, qui bien sur,sont emmêlés . J’y laisserai trois orteils, écrasés entre deux plats bord (première leçon : ne jamais manier les mouillages sans chaussures). Ces déboires sont vite oubliés devant les sensations  d’un retour portant au largue pendant lequel la cavale a pu exprimer ses qualités, avec des surfs fantastiques.

C’est là que je l’ai rencontrée, pour la première fois : La vague. Celle qui vous fait basculer vers le monde des sensations, des émotions physiques, des perceptions indescriptibles. Celle que vous recherchez, avec parfois une certaine crainte au creux de l’estomac, mais qui pourra vous donner un plaisir insondable. Cette première fois reste aussi vivante aujourd’hui qu’en ce jour de septembre, où je l’ai vécue sous les lumières d’une soirée d’automne débutante.

Cette Vague me conduira à modifier ma vie future et à la transformer, sans renier  mes engagements.

 

19/11/2008

1987 - Le Belem - 40 ans des Glénans

Pour le 40éme anniversaire des Glénans en 1987, une croisière sur le Belem au départ de Lorient avec escale à l’Archipel et remontée à Brest avant retour au point de départ, avait rassemblé une quarantaine de chefs de bord de l’association.

J’eus le bonheur d’en faire partie et d’en rapporter des souvenirs inoubliables de moments forts de navigation. J’avais à l’époque fait des prises de vue que je n’avais jamais pris le temps de mettre en forme. Cette note sera l’occasion de remédier à cette lacune.

Belem au large
Mouillage à l'Archipel

L’arrivée sur le Belem est impressionnante avec cette coque à la fois massive et élancée. La première impression en montant à bord est la complexité des manœuvres. Rapidement grâce à un équipage très au point et près à partager son savoir, nous allons nous familiariser avec le gréement et les manoeuvres qui nécessitent une bonne coordination de l’équipage sous la houlette du commandant Jean Randier et de son bosco Daniel Jéhanno qui nous réserveront quelques bons moments de navigation.

Découverte et premières manoeuvres

L’escale à l’Archipel est l’occasion d'inaugurer un bas-relief en l’honneur de Philippe Viannay, fondateur du centre de Formation International, qui deviendra le Centre nautique des Glénans, avec son épouse Hélène qui est présente. C’est l’occasion pour tous les présents d’assister à l’inauguration d’une éoliénne.

Quelques moments de la cérémonie des 40 ans

tasdepois.jpg

 

Ce sera ensuite un nouveau départ avec un équipage déjà amariné et motivé pour les manœuvres. Le commandant nous offrira une remontée du goulet de Brest par bonne brise sur un bord. Puis ce sera un grand moment que je n’ai jamais oublié : La traversée des Tas de Pois, situés dans le prolongement de la pointe de Pen-Hir à proximité du cap de la Chèvre. Je vous laisse apprécier l’intensité du moment.

 

La traversée des Tas de Pois sous voile

Le lendemain, après avoir mouillé derrière le cap de la Chèvre, nous ferons un départ du mouillage sous voile seule. Une manœuvre complexe qui fait culer le bateau sur près d’un mille avant de repartir après avoir décroisé les vergues.

Appareillage du mouillage sous voile

Comme toute croisière qui se respecte, après avoir briqué le pont et mis de l'ordre dans le gréement, nous fêterons tous ces évènements un verre à la main, l'alcool ayant été banni pendant la navigation. Certains se reconnaîtront peut-être. J’aurai une petite pensée pour celle qui chantait si bien "Et pourtant je ne suis qu'un fille" Jeanne, une très bonne navigatrice présente sur ces images. Ceux qui l’ont connu comprendront.

Les derniers bords avant le pot de l'amitié

00:00 Publié dans 05 Rencontres | Commentaires (1) | Tags : glenans, croisieres

08/11/2008

Avril 1981 - SNIM Marseille

En avril 1981, les glénans ont acquis depuis peu un superbe navire de course croisière de 14,60 mètres de long, le Palynodie qui appartenait à Gaston Deferre. Le bateau est engagé dans la SNIM. Cette course crée en 1965 par la Nautique se court tous les ans à Pâques.

L’impression de puissance est immédiate en arrivant sur le quai en voyant ses lignes très élancées. C’est rapidement la prise de contact avec la grande soute avant qui sert à la fois de soute à voile et de couchette. L’avitaillement est rondement mené dans un carré très fonctionnel puis c’est la découverte du plan de pont et le détail de la voilure très fournie.

Une belle ligne
Soute à voile
Avitaillement et carré

L’équipage constitué de chef de bord des Glénans et de jeunes stagiaires va s’entraîner quelques jours avant de participer à la course. Se trouvait à bord, Alain qui allait devenir pour un temps chef de base à Marseillan et que je retrouverais pour nos entraînement d’hiver avec les Rush Royal et Luc, jeune stagiaire très présent.

Prise en main
Appareillage vieux Port
Premier bord

Nous quittons le vieux port par petit temps pour se mettre en main un beau gréement avec spis de 200 m2, triradial et gennaker. Tout le mode est sur le pont pour se familiariser avec les manœuvres.

Envoyer le spi
Réglages spi
A affaler le spi

Les entraînements se poursuivent avec un temps parfois couvert jusqu’à la nuit avant retour au port.

Au largue
sous Triradial
Fin d'entraînement

Le premier jour de course va débuter par une calmasse compète avec un départ qui se fait attendre .

Direction la ligne
Stand by
Attente du top

Les autres jours seront plus intéressants avec une bonne brise qui va permettre au bateau de donner toute sa puissance. L’intérieur se transforme rapidement en soute à voile.

Dans la plume
Au lest
Cherchez l'erreur

Nous aurons l’occasion de belles empoignades avec quelques coups bas dont un refus de priorité qui nous enverra au lof avec rupture des drosses de barre sous spi et gennaker. L’équipage très réactif, mettra rapidement la barre de secours en place et poursuivra la manche avec un classement honorable.

Du monde derrière
A la barre
Sous spi et gennaker

Le bateau étant sans moteur, nous aurons l’occasion de faire une belle manœuvre de port sous voile avec un créneau entre les catways avec foc à contre pour culer entre deux places. Avec un bateau de plus de 14 mètres, la manœuvre fût appréciée des autres compétiteurs.

Calanque droit devant
Entrée
Une belle sensation

La course se terminera par une remise des prix au cours de laquelle nous avons pu assister à un spectacle mémorable. Devant la terrasse où était rassemblé l’ensemble des compétiteurs (marins dit aguerris), un propriétaire avait mis le cap sur le quai entre deux catways avec son foc qui portait en plein. Les quolibets allaient bon train. Après quelques manœuvres peu orthodoxes pour retourner le bateau et partir vers le large, le skipper et son navire passent devant la terrasse et ses centaines de personnes hilares. Il salue alors l’assemblée en tournant le dos et en baissant son pantalon, ce qui lui vaut les applaudissements de l’assemblée. Où comment retourner son bateau et la situation.

Nous finirons la semaine par une petite ballade vers les calanques de Marseille ce qui permettra de faire de belles photos de ce superbe navire.

Pour le plaisir des yeux

 

 

07/11/2008

Les Glénans

Faire face aux éléments, lorsqu’ils sont déchaînés, n’est certes pas une petite affaire. Il faut alors connaître la mer, savoir que vous la connaissez, et ne pas oublier qu’elle a été faite pour qu’on navigue dessus. Joshua Slocum (Sailing alone around the world).

20081119captainglenans.jpgC’est dans la diversité des situations que l’on acquiert l’expérience, la mienne débute au Centre Nautique des Glénans.

Stage à terre
(en savoir plus)
Après deux stages à terre, j’ai la chance de me former au monitorat avec un homme remarquable qui se cache derrière des coups de gueule fantastiques : Jean-Louis Goldschmidt, dit Goldo.
Il disait : « Le stage à terre prépare la navigation. Fautes ou laxisme dans la manœuvre engendrent les pépins. Cela dit, relever une erreur ne met pas en cause la personnalité ou l’honneur du stagiaire. Le débutant est là pour faire des bêtises, nous, pour y parer. »

Des bêtises, j’en ai fait, dont la perte de mon mat sur ma première croisière comme chef de bord sur Mousquetaire car je n’avais pas pris garde au courant traversier en remontant l’Odet avec le flux. Depuis, je prête une attention toute particulière à l’observation de la surface de l’eau pour m’imprégner des rivières marines engendrées par les marées.

Monitorat (en savoir plus)
20081119dogre.jpgLes années passées comme moniteur puis chef de bord et chef d’île au Glénans m’ont apporté une richesse d’expérience. Prévoir, éviter ou réparer les erreurs accumulées par les stagiaires, représente des années de navigation. La diversité des bateaux et des gréements contribue également à s’imprégner du sens marin : De la Cavale au Dogre des îles en passant par la Caravelle puis les Choses pour revenir au dériveur avec le Vaurien ; du Corsaire à la Goélette des îles au doux nom de Folavoahl, tous les gréements nous passe entre les mains (sloop, voile au tiers, voile à corne…..)

Le bateau des liaisons (en savoir plus)
20081119PENAMEN.jpg L’Archipel (12,50 m) et le Pen a Men (12 m) peuvent embarquer chacun 50 passagers et des vivres. Ces deux bateaux assurent les transports en tout genres entre Concarneau et les îles. C’est une formidable école de mer, que de se voir confier la bonne marche de ses bateaux et d’en assurer les manœuvres tant au port qu’au mouillage. Une saison durant, j’ai pu assumer la fonction prodigieuse de patron des Liaisons. Au delà de l’expérience maritime, la notoriété de la fonction qui consistait notamment à livrer le cidre sur les îles, débouchait sur un accueil chaleureux sur les différents stages.

20081119bequillage.jpgInitiation Croisière et stages chef de bord (en savoir plus)
Après les stages à terre, vient la croisière avec les stages sur Mousquetaire, Dogre, Cotre des Glénans, Nautile, où l’on apprend à manœuvrer au bon moment, faute de winch. On apprend également à anticiper ses atterrissages, faute de moteur. On apprend également la vie à bord, le respect des autres et la sécurité.

La Sécurité
S’il était demandé à ceux qui, vaille que vaille, tentent, jour après jour, de recréer aux Glénans l’esprit de sécurité « Qu’est-ce que la sécurité en mer ? », ils pourraient répondre : « C’est quand il y a suffisamment de gens qui respectent la mer ».
Ce combat mené depuis l’origine des Glénans, est d’autant plus nécessaire que s’est établie une alliance objective entre des administrations qui s’alignent sur les fantasmes et les peurs du public et des marchands qui exploitent l’éventaire des nouvelles amulettes obligatoires. (extrait de la mer vue des Glénans- Ed. Seuil 1978)

La Croisière et la course-croisière
198211stanneappareillage.jpgLa navigation sur Sereine et Saint-Anne VII, c’est déjà le rêve aboutit du glénanais de base. Sereine, belle dame de 12,50 m lancée en 1952, pèse ses 12 tonnes que l’on mesure à leur juste valeur lorsqu’il faut ramener le bateau à la godille par faute de vent. Sereine est désormais classée au Monument historique du patrimoine français depuis 2001 et à reçu plus de 300000 stagiaires. Un regret, je n’ai jamais eu l’occasion de naviguer sur Glénan, sloop de 13,07 m aux lignes racées.


198104snimmarseille.jpgUn bon souvenir, la participation à la SNIM (Semaine nautique internationale de Marseille) sur le magnifique sloop dénommé Palinodie avec humour par son ancien propriétaire, Monsieur Gaston Deferre, avant qu’il ne devienne pour quelques années propriétés des Glénans. Ce fut l'occasion de découvrir la course croisière et et l'euphorie des départs et du passage de la première bouée.

Voir le DIAPORAMA

 

Cotre et Dogres des Glénans
Le Folavoahl
Cotre des Glénans
Mousquetaire

06/11/2008

Stages à terre

Stages à terre

De mes stages à terre, je n’ai pas gardé de souvenirs précis tant j’étais occupé à prendre du plaisir sur tous les types d’embarcations différentes sur lesquelles nous avons pu naviguer.


1979cavaleaupres.jpgAprès la cavale de mes débuts, ce fût les vauriens, dériveurs d’avant garde qui permettaient de se familiariser avec les manœuvres et le sens du vent. Puis, les gréements anciens des cotres et des dogres où l’art de tourner une écoute s’apprenait rapidement si on ne voulait pas avoir les bras en compote pour étarquer secondairement la voile au virement de bord. Pas de winch à bord. Puis les goélettes des Glénans avec leur voile à wishbone qui étaient très véloces et dont le pont découvert, avec place pour la table à carte, permettait de s’initier aux joies du pilotage et des alignements dans un archipel aux nombreuses passes agrémentées de courants.
Rapidement, très motivé, je pus m’inscrire à un stage moniteur.


1980penfretvaurienreglage.jpgA cette époque pas de BAFA, les seules conditions étaient d’être reconnu capable d’y accéder. La philosophie de l’expérience primant sur celle du diplôme qui en voile ne veut pas dire grand chose. En effet, dans ce milieu, il est plus important de connaître les capacités d’adaptation et les compétences apprises dans de réelles conditions de mer que de savoir si on a suivi des cours de pédagogie.

Stage Moniteur

Mon stage moniteur se déroula en avril 1977. Les fronts se suivaient assez serrés avec un froid piquant accompagné souvent de giboulées de neige. Avec pour tout équipement un bon ciré Cotten jaune et des bottes qui se remplissaient d’eau, on enchaînait les ronds dans l’eau avec les vauriens. Compte tenu de la température de l’eau, on apprit très vite à ne plus dessaler.

1979dogresdesiles.jpgLa vie aux glénans se partage entre les activités nautiques, les activités de quart (surveillance, cuisine, vaisselle) et les activités destinées à entretenir le patrimoine de l’association.

Durant ce stage, nous avions un spécialiste en la personne de Jean Louis Goldschmidt, dit Goldo. Deux jours après le début du stage, nous avions comme programme de la journée les arrivées de plage, qui devaient se dérouler sur l’île de St Nicolas en face de Drenec où nous étions hébergé. Ce qui ne nous avait pas été dit, c’est que le programme comprenait également la réception d’une bétonnière destinée à l’extension de la cale de Drenec.

1979goldo.jpgC’est dans de tels moments que l’on reconnaît les spécialistes.

En attente, à marée haute, sur le quai de St Nicolas, nous vîmes arrivé l’Archipel, bateau des liaisons avec deux madriers qui dépassaient d’un bon mètre par le travers et sur lesquels était posée une énorme bétonnière sanglée par des haussières. Elle avait fait le trajet depuis Concarneau.


1980Lliaisonbetonniere.jpgLe déchargement donna lieu à quelques expressions marines bien senties. La moitié du travail était faite. Il ne restait plus qu’à lui faire traverser la distance entre les deux îles. Tout naturellement un radeau constitué de planches tendues entre deux prames, sur lequel le chargement depuis la plage fût assez sportif, permit à cet engin d’arriver à bon port.

Le retour des entraînements aux manœuvres de l’après-midi nous donna l’occasion de procéder au déchargement.

Nous allions très vite sympathiser avec cet outil superbe puisque durant les quarts à terre, on préparait le ciment qui était étalé à l’emplacement prévu. Cela permettait à ceux qui rentraient de navigation de passer obligatoirement, avec leurs bottes, une bonne demi-heure à gâcher le ciment sur place avant de pouvoir aller boire un petit coup de vin chaud. 
Je pourrai vérifier, lorsque je passerai prochainement aux Glénans avant mon grand départ, si elle a résisté aux assauts de la mer.

Au delà, de ces anecdotes qui ont émaillées les stages à terre de nombreux glénanais, je me souviens de deux bonnes leçons de navigation.

1980penfretmouillageprame.jpgLa première était l’entraînement à la godille dans les prames. Pour nous permettre d’acquérir une bonne maîtrise de l’instrument, Goldo nous faisait remonter le courant de marée avec cinq à six personnes debout pour avoir une meilleure prise au vent. L’enseignement fut payant. Je pus m’en rendre compte en passant dernièrement sur la base de Marseillan, sur l’étang de Thau. Il n’est possible de traverser le canal qui donne accès à la base qu’avec une prame maniée à la godille. Alors que je n’avais pas godillé depuis près de 20 ans, les gestes sont revenus spontanément et malgré une forte Tramontane par le travers les manœuvres ont été impeccables.

1980dogreappareillage.jpgLa deuxième avait pour objectif de nous démontrer que le sang froid est plus important que la précipitation. Alors que nous étions sur un Dogre, mouillé dans le chenal entre Drenec et St Nicolas pour déjeuner, Notre ami Goldo arrive très calmement en nous disant d’un air détaché : « vous êtes largué, le bateau dérive ». Bien sur, pas de moteur. Il faut hisser les voiles rapidement, garder le bateau qui cule dans l’axe du vent puis abattre en grand pour prendre de la vitesse et devenir manoeuvrant. La côte était toute proche, mais nous avons pu nous en tirer sans problème.

Cette expérience allait me servir plus tard, alors que nous dérapions d’un mouillage en catamaran dans le petit port de Sauzon à Belle-île. Après un manque à virer, je n’ai eu d’autre solution que d’abattre en grand en me dirigeant droit sur le môle ce qui me permit d’empanner et de repartir tranquillement. Merci Goldo.

05/11/2008

Stages embarqués

Premier stage embarqué
Mon premier stage embarqué se passa sur Mousquetaire, l’année précédant mon stage moniteur. Ces petits bateaux, très marins, permettaient de faire du cabotage dans les petits ports et les rivières de Bretagne.

Nous naviguions en escadre avec un chef d’escadre. Je me retrouvai chef de bord ce qui compte tenu de mes compétences était un bien grand nom.  Ce fût l’occasion de ma première, et je souhaite dernière, fortune de mer.
1977mousquetaireglenans.jpgNous avions décidé de remonter l’Odet car le vent était dans le sens de la marée. Nous avions fait une première escale dans une vire de la rivière qui nous avait offert une belle partie de fou rire. En effet, deux équipières avaient été prises d’une envie subite. Evidemment, pas de toilette à bord hormis le seau ou le balcon arrière. Le temps étant au beau, elles choisissent le balcon, d’autant plus que le courant mettait la poupe vers la forêt qui bordait la berge. C’est là que dame nature, qui parfois aime plaisanter, se prit à inverser le courant et le bateau à commencer une lente rotation qui devait amener la poupe vers le lit de la rivière. Pas de chance, à ce moment, un promène-touriste remontait la rivière. Il nous fût permis de voir un beau mouvement d’ensemble sur le pont avec jaillissement des appareils photos, sous les hurlements de nos deux équipières, demandant de faire quelque chose. Bien entendu, en équipiers zélés, hormis partir dans un grand fou rire, nous sommes restés stoïques.
Une mauvaise action est soit-disant toujours punie, j’allais l’apprendre à mes dépends. La remontée ayant repris son cours, une petite régate se mettait spontanément en place entre les bateaux de l’escadre. Pris par la course, j’oubliais d’intégrer la notion de courant dans ma démarche récente de navigation. Le courant nous portait vers une balise de chenal qui inexorablement glissait le long de la grand’voile avant de finir se fixer dans les pataras… et patatras… le mat tombait. Je n’ai toujours pas oublié ce bruit de corde qui se tend et le craquement qui s’en suivi.
Le mat en bas, il fallu repêcher tout cela puis tour arrimer à bord. Ensuite nous allions apprendre le remorquage sous voile en redescendant la rivière avec le courant remorqué par un autre mousquetaire, puis retour à Concarneau « sous les ovations du public ».

Première croisière autonome
Après un stage comme moniteur sur Penfret, j’embarquais comme chef de bord et chef d’escadre pour une croisière sur Mousquetaire au départ de Concarneau. Le programme consistait à naviguer jusqu’à Belle-Ile en faisant les petits ports de la côte.

1977mousquetaireglenans2.jpgUn bon moyen de se familiariser avec les courants de marée et les arrivages à la voile pure. Selon la bonne règle Glénans, un mètre, un homme nous étions 5 à bord. Le fait de naviguer en escadre apportait l’avantage de la sécurité et impliquait une bonne explication des programmes de navigations. De cette croisière, je retiens l’épisode tragico-comique qui nous est arrivé au port de Douelan.
Le bateau étant à quai, je m’en étais éloigné, mes équipiers étant restés à bord. Tout à coup, j’entends des hurlements en provenance de la cale proche. Je me précipite et je vois deux de mes équipiers dans l’eau à côté d’un homme qui flotte les bras en croix. Je veux aller les aider, mais ils m’arrêtent à temps, car la cale à marée descendante est une vraie piste de glace ce qui explique la chute de l’homme et le barbotage de mes équipiers. Un équipier est parti appeler de l’aide et avec précautions nous ramenons la personne sur le bord. Il est inanimé, vraisemblablement assommé en tombant.
A cette époque, mes connaissance médicales d’urgence se résument à la pratique du secourisme que j’avais mené de manière active dans les équipes de la Croix-Rouge à partir de l’age de 17 ans. Je commence à lui faire une réanimation cardio-respiratoire.
C’est alors que la situation prend un tour particulier. Son neveu qui l’accompagne me demande de faire attention quand je le manipule, mais en fin de compte on se rend compte que c’est de la montre dont il parle. Il est jeune et n’a pas du percevoir la gravité de la situation.
Les pompiers bénévoles qui ont été appelé arrivent, malheureusement de l’autre côté de la rivière ce qui les obligent à faire demi-tour pour récupérer le pont en amont.
Lorsqu’ils arrivent, cela devient du cirque. Derrière l’ambulance, suivent les voitures, puis les mobylettes, puis les vélos, puis les piétons. Tout le village semble s’être donné rendez-vous.
Rapidement je demande au pompier bénévole de l’oxygène et il me rapporte une bouteille d’eau oxygénée car il y a une petite plaie au crâne.  L’ambulance est encore en cours d’aménagement avec les plaques de contreplaqué vierge et juste un brancard.
En fin tout se met en place, l’homme a recouvré connaissance et respire à nouveau. Il est chargé dans l’ambulance pour être dirigé vers un hôpital. Je pense qu’il s’en tirera.
Mes co-équipiers trempés et moi-même deviennent alors les nouvelles attractions. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes à bord et nous larguons les amarres.
Le spectacle est terminé.

Bretagne nord
Pour changer de la Bretagne sud, je décide de faire mon stage suivant comme équipier sur un bateau plus lourd pour goûter à la navigation dans les courants. Sitôt débarqué de ma croisière en Mousquetaire, je pars pour Paimpol embarquer sur un Dogre de croisière (8 mètres, 8 équipiers) pour une croisière qui va nous emmener aux anglo-normandes. Nous avons le bonheur de profiter de véritables couchettes cercueil se situant sous la descente ce qui permet d’être lavé avant d’être levé.
C’est la découverte d’une véritable estime qui doit intégrer la dérive dans les calculs. Nous ferons un beau périple. Après arrivée à Jersey et un passage à Guernesey, nous ferons une escale à Serc avec son système médiéval. Le retour se fera par St Malo avec un passage d’écluse juste avec la marée qui nous permettra de manger de bonnes crêpes pendant que l’autre bateau tirera des bords au large en attendant la renverse. Lors du retour sur Paimpol, nous ferons une escale à l’Ile Verte pour un travail d’entretien, toujours dans le même esprit Glénans.

Stage chef de bord
197804alainmercier.jpgEn avril 1978, j’ai été jugé apte à suivre un stage de chef de bord  qui se déroule sur Nautile. Nous partons toujours en escadre au départ de Concarneau en direction de Brest avec passage du Raz de Sein. C’est l’occasion pour moi de mouiller sur un grappin relié à un filin d’une centaine de mètres en plein Raz pour éviter de reculer car le vent est faible et nous avons un courant de jusant qui nous sort.  Nous avons ensuite l’occasion de visiter Camaret (son curé, ses filles…). Un petit tour en rade de Brest, l'occasion d'admirer le Sir Winston Churchill, puis on remonte en mer d’Iroise avec une escale  à Molène. Le chenal du Four est vite passé avec un courant favorable et vent portant de Sud. L’escale à Ouessant laisse un bon souvenir avant d’aller faire un tour à l’Aberwrach qui nous accueille dans de bonnes conditions.
197804nautilesoir.jpgLe retour sera un peu plus difficile. A l’entrée du Four nous attend un brouillard très épais qui nous laisse à peine voir les feux de navigation à l’avant du bateau. Nous allons tirer des bords toute la nuit en se calant sur le son de la boue sifflante d’entrée du chenal. Nous nous éloignons vers l’ouest jusqu’à la limite de l’audition puis retour vers l’est jusqu’à une sonorité nous incitant à recommencer le manège. Au petit jour, avec la marée nous pourrons enfin descendre sur la pointe St Mathieu.


Le retour sur Concarneau sera sans problème. ce sera l'occasion de croiser Sereine, le fleuron de la flotte des Glénans

Sir Winston Churchill
Nautile sous spi
La Sereine

04/11/2008

Encadrements

Chef de Centre

Le passage de chef moniteur à chef de centre puis chef d’île se fait par volontariat apprécié par les responsables de stage. La non plus pas de diplôme, mais une forte évaluation des compétences avec un sens des responsabilités réciproque.

penfret.jpgMon premier stage comme chef de centre s’est déroulé sur l’île de Penfret. Ile allongée qui s’étire du nord illuminé par son phare vers le sud avec son sémaphore. Le village de Penfret est constitué de deux petites maisons en pierre et de bâtiments annexes situés au pied du phare. Très vite le rythme est pris par l’organisation des quarts à terre : surveillance météo et mouillage des prames, le programme d’embarquement et la progression du dériveur au croiseur plus lourd, Dogre et Goélette des îles.

Nous sommes le dernier stage de la saison et nous devons fermer le site après l’avoir nettoyé.

L’aspect humain est également une composante importante, comme en navigation et je me souviens particulièrement d’un stagiaire. Alors que tout son quart était à la vaisselle, je demande où il est passé et n’obtient qu’une réponse évasive. Faisant le tour des bâtiments, je le trouve allongé sur sa bannette. Un peu surpris, je lui demande ce qu’il fait. Il me répond que ne sachant pas faire la vaisselle, il est venu se reposer. Qu’à cela ne tienne, en accord avec les autres membres du quart, nos allons lui apprendre et pour cela il sera amené à faire la vaisselle de tout le stage pendant que les autres commençaient une partie de carte. Bizarrement, il a appris très vite.

Une bonne ambiance régnait dans ce stage, et je décide d’une petite croisière de deux jours avec les moyens nautiques à notre disposition. En escadre, nous prenons la direction de Bénodet, où, après un accostage et une mise à couple impeccable, nous finirons la soirée chez une stagiaire qui y réside. Nous passerons sur la soirée animée qui ne nous empêchera pas de se lever de bonne heure le lendemain pour profiter de la marée. Notre retour sur les îles sera l’occasion de donner l’illusion de responsabilité à bord pour les choix d’options en simulant une sieste.

Ce stage m’avait donné l’occasion de faire la connaissance de Jacques, qui à la trentaine, changeait de vie. Suite à son séjour, il s’orientait définitivement vers la mer et devait monter ensuite un magasin d’accastillage à Ste Maxime où je le retrouverais plus tard lors de mes croisières.

 

Chef d'île

cigogne.jpgUne autre année, je pris les responsabilités de chef d’île sur Fort Cigogne. L'Archipel des Glénans, de par sa position stratégique, a longtemps été un repère de corsaires. Leur présence créait une insécurité constante pour les pêcheurs et plus encore pour les navires marchands. Un fort fut donc bâti sur l'Ile Cigogne durant la seconde moitié du XVIIIème siècle. Au plus fort, la garnison compta une centaine d'hommes, mais les conditions de vie particulièrement difficiles et l'insalubrité conduisirent quelques années plus tard à désaffecter le fort.

C’est dans cet espace balayé par les vents que nous avons passés encore d’excellents moments avec Martine qui me secondait comme maîtresse de maison. Cette fonction avait pour objectif de suivre l’approvisionnement et de veiller à la bonne marche des repas.

Lors du premier repas, elle avait mis un point d’honneur à soigner la présentation, mais au bout de deux jours, il fallu se rendre compte qu’il fallait mieux amener deux gamelles bien pleines qu’une bien présentée. L’air du large creuse.

En cette fin septembre, les fronts se succèdent ce qui donne lieu à des aménagements réguliers des programmes de pilotage au milieu des îles. Surveiller une flotte de plusieurs bateaux avec des niveaux différents contribue une fois encore à s’enrichir.

Le retour de stage sera mouvementé, puis qu’un avis de coup de vent force 8 est annoncé pour le jour du retour. On attend le passage du front qui souffle dans la nuit et le matin l’embarquement des bagages par les prames est très sportif.

Nous redescendons à la voile et heureusement le vent passe à l’ouest ce qui va nous pousser vers Concarneau.

Nous arrivons juste pour prendre les bus qui nous emmènent à la gare, sans avoir le temps ni de se laver, ni de se changer.

C’est une tribu hirsute, sentant l’air du large qui prend possession des wagons, égouttant les bottes par les fenêtres.

Nous n’aurons aucun problème de place jusqu’à Paris.

A Cigogne rien ne change (voir article)

 

Mauvais souvenir, bonne expérience

1980penfretplageest.jpgUn souvenir qui aurait pu être fatal me revient lors d’un autre stage à Penfret. Alors que je faisais le tour de l’île, je remarque une annexe qui commence à dériver gentiment depuis la plage est. A cet endroit, l’île présente un col entre les deux « sommets ». Pas très content que quelqu’un ait oublié de porter un mouillage à terre, je me précipite pour la récupérer. Je plonge et commence à nager. Il faut préciser que je ne suis pas un nageur émérite. L’annexe paraît proche et je pense l’atteindre rapidement. Je n’ai pas pris en compte que au fur et à mesure qu’elle dérive le vent passant par le col la rattrape et la pousse et cela de plus en plus. Nous nous éloignons de conserve sans que je m’en rende compte. Commençant à fatiguer, je me retourne et me rends compte que j’ai fait un tel chemin que je ne me sens plus la force de pouvoir revenir. Dans un dernier sursaut, j’accélère et je réussis à m’accrocher sur le bord. Un rétablissement me permet de monter à bord et de jeter le grappin de mouillage qui se trouve dans chaque embarcation. Cela me permet de souffler.

Il faut maintenant revenir. Etant à l’heure du repas, il n’y a personne à l’extérieur. Intérieurement ma fierté s’en félicite, car j’imagine les quolibets si on trouvait le chef de centre mouillé au large sans moyens de revenir. Je me sers alors du grappin comme dune fronde et je gagne ainsi mètres après mètres la distance qui me sépare de la plage.

Une fois arrivé, je croche solidement le grappin dans le sable et je m’éloigne discrètement. J’ai pris une nouvelle belle leçon sur la dérive et sur les capacités humaines.

03/11/2008

Patron des Liaisons

Patrons des Liaisons

Les liaisons, un service qui paraît un peu mystérieux pour le stagiaire qui arrive pour la première fois à Concarneau : livraisons en tout genre, du baril de cidre à la bétonnière, en passant par le stagiaire fraîchement arrivé. C’est également, le remorqueur et le bateau de sécurité. C’est aussi une très bonne école de la manœuvre avec des bateaux à moteur de 9 à 12 mètres.

Livraison
Amitié et convivialité
Avitaillement

Le patron des liaisons jouit d’un prestige particulier car c’est lui qui livre le cidre brut (au sens vrai du terme) qui est débarqué directement dans l’eau et remorqué par les prames. Heureusement, il livre d’autres douceurs moins rudes pour le palais et les intestins. Il est également le facteur, le Samu en cas de blessé. On comprend facilement qu’il soit en général bien accueilli sur les îles, ce qui en fait un métier éprouvant entre les nombreuses vacations entre Concarneau et les îles et les soirées qui s’en suivent.

Livraison des brassières
Un passager stoique
Poste de pilotage

Rien de mieux que de passer quelque temps sur l’Archipel ou le Pen a Men pour devenir expert en amarres : Manœuvre de remorquage des voiliers en départ pour les îles, navigation à couple.

Les nombreux allers et retour au port de Concarneau sont aussi l’occasion de côtoyer les pêcheurs et d’apprendre à connaître leur difficile métier.

D'une île à l'autre
Contact avec la prame
Paré à mouiller

Il m’a été donné de m’occuper des liaisons à chaque fois en fin de saison. Ce fût l’occasion de nombreuses manœuvres car il faut nettoyer les îles, lever les corps mort, finir les travaux en cours. Mais ce fût également l’occasion de profiter des lumières de septembre, lorsque les fronts dépressionnaires se succèdent.

Manoeuvre de débarquement
Une bétonnière à livrer
et le reste

Pour ceux qui voudraient approcher au plus près l’esprit qui régnait alors aux Glénans, initié par Philippe et Hélène Vianney, je conseille la lecture de « La mer vue des Glénans » aux éditions Seuil.

 

Passage à Drenec
Débarquement par prame
Fin de journée
Départ de l'Archipel
Arrivée à Concarneau

17/08/2007

ouestfrance082007

Article paru dans Ouest France du 17 Août 2007

Enora OLLIVIER

Au large de Concarneau, les îles de Glénan, accueillent l'école de voile du même nom mais avec un « s » à la fin. Ici, la vie est rudimentaire mais l'apprentissage de la mer pointu. Visite à Fort-Cigogne, bout de cailloux où depuis 60 ans, des milliers de stagiaires viennent goûter les embruns salés.

Lundi, c'est jour du ravitaillement pour les Glénans. 21 poulets, 17 kg de frites, une quarantaine de packs d'eau minérale, des briques de lait et de jus d'orange par dizaines sont embarqués sur L'Archipel. Ce bateau qui assure les livraisons de vivres sur les îles de Glénan, est plein à craquer. L'Archi, comme on l'appelle, ne fait la navette que deux fois par semaine. Et incarne, pour les insulaires, le seul moyen de se ravitailler.

Autant dire que quand il arrive sur le ponton de Fort-Cigogne, petite île rocheuse au centre de l'archipel de Glénan, il y a du monde pour l'accueillir. À terre, stagiaires et formateurs forment une chaîne pour décharger rapidement les provisions. Vingt minutes plus tard, toute la « bouffe » est rangée dans les réserves et l'Archi n'est plus qu'un petit point à l'horizon. La vie à Fort-Cigogne peut reprendre son cours.

Sur l'île, ils sont 80, stagiaires et encadrants, pour la plupart bénévoles. Avec pour dénominateurs communs les lunettes noires, la peau tannée par le soleil et surtout une même passion : la voile. Le fort, construit en 1756, a été aménagé en lieu de vie « d'un confort rudimentaire », c'est la brochure de documentation qui le dit. Et la réalité ne la contredit guère. Le premier passage au petit coin en est un exemple. Une cuvette avec vue imprenable sur le fond du lagon. A côté, des seaux et une cuve d'eau permettent de fabriquer... une chasse d'eau ! « Quand le vent souffle un peu, on a même le droit à un léger massage fessier », s'amuse Brice, le chef du centre. À Fort-Cigogne, les douches sont prises à l'eau de pluie et la vaisselle est faite à l'eau de mer. L'électricité est produite par 32 panneaux solaires. Mais attention, la lumière est restreinte à la cuisine, au bar et à l'atelier de maintenance. Le matin, le petit-déjeuner est à 8 h tapantes. Puis la petite communauté se prépare pour naviguer. À bord de petits voiliers, les stagiaires « tirent des bords » toute la matinée dans l'archipel.

À 12 h 10, au milieu de l'eau, trois équipages pressent leurs moniteurs de regagner le Fort. « On est de bordée ! » crient-ils. Aux Glénans, le quotidien, c'est la vie en communauté. Les stagiaires se répartissent par groupes de 10 environ, et participent à l'élaboration du repas. Sous les directives de la maîtresse de maison - sorte de cuisinière en chef -, ils pèlent les pommes de terre par kilos, font cuire les oeufs par douzaines ou préparent la vinaigrette par litres.

À 13 h, au son de la cloche, les résidents envahissent le réfectoire. Le déjeuner englouti, il faut passer au tri. Pelures, plastique, cartons, à chaque déchet son sac. Le respect du site s'impose naturellement. L'après-midi, retour en mer. Là, une douce et étrange sensation que le temps n'est pas compté vous envahit. Après des heures passées à caresser l'eau, le sel marin a formé comme une seconde peau et transformé les cheveux en crins de cheval. Ils sont fatigués mais heureux, les voileux. Et le fameux « confort rudimentaire » ? On l'a quasiment oublié... jusqu'à ce qu'on décide d'aller prendre une douche. Tiens, c'est curieux, les lavabos n'ont pas d'arrivée d'eau ! Comme dans les toilettes, des seaux et des bouteilles vides en plastique traînent. À l'intérieur des douches, des tuyaux et une pompe. Il faut tout simplement aller remplir son seau à quelques mètres de là, le ramener dans la douche, et pomper pour faire grimper l'eau dans la pomme. Résultat une douche de 3 minutes chrono. Et pas mal de mousse de shampooing dans les cheveux...

À 20 h 30, la cloche tinte à nouveau. Dans le réfectoire, il y a comme ambiance de repas de famille. Les tables sont bigarrées : les jeunes sont à côté des plus âgés ; les Italiens, des Français. On parle boulot, politique, vacances... Le dîner terminé, direction le bar et sa petite terrasse, posée sur le sable fin. Les plus courageux y restent jusqu'à 1 h du matin. Parfois plus. Les autres regagnent les dortoirs, à la lueur d'une lampe de poche. Pas de lumière dans les chambres, « confort rudimentaire » oblige. La mer ça fatigue. Les résidents du Fort n'ont qu'une envie : dormir.

Enora OLLIVIER.

08:00 Publié dans 03 Chez le Cap'tain | Commentaires (0) | Tags : glenans